Post-scriptum : j'ai oublié de te dire

« Your lips, my lips, apocalypse ».

Je te consomme, tu me consumes. 

Je ne savais qu’attendre de cette rencontre, si ce n’est un retour de flammes qui pourrait inévitablement m’égratigner, si je m’autorisais à t’approcher trop longtemps. Alors, j’ai tenté de n’attendre rien de plus que le plaisir de te voir te matérialiser en face de moi, après toutes ces années et ces tentatives soldées par un échec.

Et à te voir attablé dans cette brasserie, à t’enflammer sur je ne sais quel sujet, il était dur de contenir cette envie de saisir ton visage entre mes mains glacées et faire fondre le peu de réticence qu’il restait en moi. Nous avons toujours eu cette parfaite adéquation en matière thermodynamique ; à défaut d’être tout à fait contraires, nous étions complémentaires. 

Je m’étais faite à l’idée qu’il n’y aurait rien de plus qu’une discussion passionnante avec un fantôme du passé, qui serait revenu à la vie et dans ma vie pour un temps et un rôle encore indéfinis.

Et puis, vint ce moment. 

Ce moment où,  après avoir lutté contre une sensation tellement évidente, nous avons finalement décidé que nous nous passerions de paroles. J’ai préféré ne pas gâcher cet instant par des mots futiles et couvrant à peine l’étendue réelle de ce que je ressentais. Et si à situation similaire, il m’était déjà arrivé de me noyer, ce silence me happant dans des profondeurs sombres quand l’autre n’était pas Toi, cette fois-ci c’était différent. Un silence semblable à aux eaux claires un soir d’été brûlant, dans lequel je voulais me baigner pour toujours, sans aucune crainte.

Alors, à court de mots, un tumulte intérieur me dévorant sous mes airs impassibles, j’ai laissé mon regard parler pour moi. Tantôt doucereux, tantôt appuyé ou langoureux, tantôt déterminé. Oui, j’étais déterminée à ne pas céder la première, à ne pas être celle qui initierait la conversation implicite, la vraie, où nous mélangerions les langues pour communiquer. Te laisser venir à moi, te sentir effleurer mes joues puis mes lèvres, encore hésitant, en suspens, laissant le feu se propager pour mieux nous consumer, de mon coeur à mes joues; je me retrouvais vite empourprée, ne sachant pas vraiment si je contrôlais la situation. Ou si je devais t’en laisser le contrôle.

Car trois ans après, la brûlure est restée, comme gravée sous ma peau. Elle est là pour me rappeler à chaque instant que je ne devais pas m’enflammer trop vite quand il s’agissait de toi, et te laisser faire le premier pas. Ne pas penser y déceler un soupçon de vérité, toujours masquer ma vraie nature passionnée sous des allures calmes et sages. J’aurais tout le loisir que de laisser éclater la rage brûlante que tu me fais éprouver, après. Quand des mots seraient officiellement posés sur la nature réelle du lien qui composait nos deux êtres. Et pourtant, aucune parole n’a été échangée à ce sujet. Nous avions bien dû parler de tout, sauf de ça. Peut-être de nous, mais pas de ce « toi + moi ». Comme si nous ne voulions pas établir de nouvelles promesses  trop incertaines quant à notre avenir, sur comment en finir. Il était dangereux pour moi que de prendre ce risque, mais quand il s’agit de toi je ne suis tout simplement pas rationnelle. Je ne suis que flammes qui crépitent, agonisant pour ne pas devenir cendres, dans l’attente d’un signe de ta part. 

C’est près de la fin de notre entretien que tu as fini par abdiquer, te tournant tendrement vers moi et déposant tes yeux velours comme une caresse sur mon être, il me semblait que tu me voyais pour la première fois; as-tu entendu ce crépitement sourd, alors que j’étais captivée au point d’en perdre la voix? Tu m’as juste glissé, le souffle court : « oh et puis merde, juste un… » qui sonnait dans tes lèvres passionnées comme l’ultime troc de ton âme pour obtenir la divine gourmandise. C‘est le moment que tu as choisi pour te tourner vers moi et sceller par tes techniques linguistiques et ta puissance du verbe, les secrets que partageaient nos Univers séparés. A mon tour, je me suis sentie vivre, dans cet abandon total à cette impulsion longtemps évitée. Se sont alors prolongées nos confessions muettes et implicites, par le meilleur moyen possible.

Descente vers la bouche de métro, pas lents au milieu de l’escalator, une gare en pleine nuit.

Accrochée à ta bouche, les yeux clos, collision en suspens pour t’enlacer plus fort, notion du temps qui nous fuit. 

Les secrets de l’Univers et des cieux tenaient entre tes mains; j’ai bravé la foudre, le tonnerre, j’ai vu comme un éclair dans tes yeux, et puis plus rien.

Auteur : Wessalle Momtaz

Artwork : « Icarus and the Sun » series, by Chiara Bautista

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