Post-scriptum : j'ai oublié de te dire

Damnatio Memoriae

Il fallait que je le fasse. Que je détruise les souvenirs qui me reliaient encore à toi.

A un « Toi » qui n’existe plus, en tout cas plus comme je l’ai connu. Que tu disparaisses, comme si tu n’avais jamais existé. Il fallait que je laisse derrière moi, une fois pour toutes, tous ces moments heureux d’il y a déjà quelques mois. Que le souvenir enneigé de ton anniversaire ne soit plus qu’une date lambda dans l’Univers, et non un activateur de nostalgie ; ce temps-là a fuit. Et nous avec

Nous ne sommes plus ces gens ; pourquoi encore m’accrocher à ce que tu étais, jusqu’à ce week-end là où je ne te reconnaissais plus?

Je me devais d’arrêter d’être troublée rien qu’à l’évocation de ton nom et de notre petit bout de chemin ensemble.

 Je me devais d’arrêter de me demander ce qui n’avait pas suffi, en moi, pour que tu t’accroches à nous. Ou du moins ce qui a fait que tu n’étais plus le même. Que tu m’as offert le délice de nos retrouvailles, pour mieux me laisser avec un arrière-goût amer, après n’avoir jamais cherché à savoir si j’étais arrivée à bon port.

Une fracture s’était établie entre celui que j’avais connu au quotidien, et celui que j’avais revu, si froid et si lointain. Je ne savais plus lequel était Toi ; mais peu importe la version, je vous détestais tous les deux de m’avoir fait, chacun à sa manière, perdre la foi.

Lentement d’abord, du verre pilé qu’on enfoncerait dans mon ventre par petits débris ; puis une fois pour toutes, quand je me suis retrouvée à pleurer au milieu d’un chemin, après que tu m’aies invitée à partir, le jour ne s’étant pas encore levé. Quand mes larmes brouillaient ma vue ; plus de rage que de pitié. C’est à partir de cet instant, du souvenir de cette image s’imprimant comme un hématome douloureux, c’est à ce moment-là que j’ai voulu t’oublier.

Plus que du mépris à ton égard ; j’aspirais à l’oubli, à la destruction totale de ta mémoire. Que dans mon esprit tu ne sois même plus un fantôme, une idée errante de-ça et là, qui revenait me hanter avec le retour du froid, m’emmitouflant dans des souvenirs plus chauds.

Alors, j’ai pris une longue bouffée d’air, comme si je rassemblais mes dernières forces, et avant de tout effacer, de tout réécrire; je me suis mise à me remémorer, à me souvenir. Cette nostalgie est venue par groupe d’étincelles, de cendres encore fumantes, de jolies flambées d’images et de sensations, que j’ai laissé me consumer une dernière fois. 

Quelle ironie : quoi de mieux qu’une destruction par les flammes, toi qui n’avais jamais voulu t’embraser? 

Et les images se sont enchaînées. Un pèle-mêle plutôt varié, un patchwork du pire comme du meilleur, qui passait du rire aux pleurs. Ce sont toujours ces petits détails, ces résidus d’amour qui s’accrochent, au final. Une danse dans ta cuisine. Un fou rire dans la salle de bain. Un réveil à tes côtés, pendant que tu dormais encore. La courbe de ton sourire. Ton air concentré quand tu préparais à manger. Ta main sur ma cuisse. Ton nez touchant le mien. Nos doigts entrelacés. Ta façon de caresser mes cheveux pour que j’arrête de pleurer. Et puis, la manière avec laquelle tu m’as expédiée.

Il était temps de faire table rase du passé. J’allais entamer cette damnatio memoriae interne, et te faire sortir de mon esprit comme on supprimerait toute trace d’un vieux livre jauni : c’était bien fini.

Auteur : Wessalle Momtaz

Photo : issue du film « Eternal Sunshine Of The Spotless Mind ».

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